En descendant le fleuve

Ici l’été se termine. Ailleurs encore la chaleur descend du ciel et se pose sur ce qu’il reste d’herbe à brûler. Là-bas plus une miette de chlorophylle, seule la carcasse dévorée des buis et les feuilles jaunies des chênes – un grand bûché près pour l’incendie et les nappes de cendres qui tombent sur l’eau.

Nous, nous avons contourné les crêtes usées du Massif Central, quitté le sud et gagné l’ouest pour nous échouer en ces lieux, à quelques heures de l’océan. Si tu t’approches du fleuve tu le sens qui pulse, qui t’attire de Malakoff à Rezé. Et mes pensées glissent sur l’eau, silhouette de bateaux fantômes où du haut du mat je nous imagine regarder la lave qui inonde le ciel. Nous y voilà, sur la crête d’un de ces samedi soirs que je traverse en silence.

Toi, tu tiens le pont là-bas, dans le centre avec tes mains qui dansent, que se dressent les assiettes de viandes aux perles de sang brûlantes, les frittes crépitantes d’huile et sur le bord de la porcelaine, le sourire vert d’un bout de laitue. Moi, j’oublie sur les berges que j’aimerais l’arguer les amarres et dériver avec toi jusqu’à l’implosion de nos bulles.

J’avance jusqu’au port, là où débarquent les navires de plaisances que le courant porte de Nantes à Trentemoult. La navette fluviale s’approche du quai. Je pourrais monter à bord, tassée au milieu des touristes inquiets de savoir si leur ticket de Tram les autorise à quitter les rails pour traverser la Loire.

Je crois que j’aurais aimé ça, errer seule entre les maisons construites par les pêcheurs, goûter le soleil déclinant sur les couleurs criardes des crépis à rêver la vie des insulaires avant que les hommes du continent n’assèchent les bras du fleuve.

Mais pour le moment je passe mon tour : j’ai le cœur trop plein de toi. Je préfère planifier le moment où entre chiens et loups je t’amènerais sur les eaux du fleuve et le retour à crever le courant en sens inverse. Si les lumières des berges ne brillent pas trop fort, nous apercevrons les étoiles.