Toulouse, Derniers échos

J’ai atterri à Toulouse après le bac, pour y habiter avec la personne que j’aimais et y réaliser mes études. J’y suis restée dix ans. Le temps de choisir une filière, de la mener jusqu’au doctorat, de trouver un travail et de m’en servir comme point d’appuis pour me propulser ailleurs.

Les photographies de cet article s’étalent de juillet à mars. Elles commencent avec la confirmation de mon embauche, la proposition de débuter ma période d’essai sur place puis de poursuivre à Nantes. Pourtant je ne crois pas qu’elles contiennent la trace de ce départ devenu tangible. Pour la plupart elles proviennent des abords de la gare et du quartier Bonnefoy, des zones que j’ai très peu fréquentées. Aucun lieu chargé de souvenirs. Aucune trace de nostalgie.

À quelques cartons de la fin, ce sont encore les chantiers, les barbelés et les zones désaffectées qui attirent mon regard. Toulouse : la poussière des étés caniculaires, les rues jonchées de papiers au matin des soirées animées,

Peut être est-ce que je n’y ai jamais trouvé de lieu où m’enraciner ? Toulouse finalement sera ma décennie d’errance, celle où j’ai pris le temps de faire le tri entre les conseils des autres et les courants qui me traversent.

Sur les bords des fleuves de Babylone nous nous tenions assis et nous nous bouchions le nez nous souvenant des sources. Aux pylônes de haute tension nous avions pendu nos guitares.

Là, le public nous réclamait des chansons, nos spectateurs voulaient être divertis : Chantez-nous quelques airs de chez vous !

Comment chanter le chant de l’exil à la maison ?

Christiane Rochefort, Le monde est comme deux chevaux

Pourquoi Bonnefoy comme dernier quartier ? Peut-être parce qu’il fait partie de ces endroits de Toulouse que j’ai regretté de ne pas avoir habité. À moins d’y vivre, tu n’as pas de raison particulière d’errer dans ses rues. S’il n’y avait eu Y., son appartement un peu plus proche que le mien de cette zone et l’envie tenace de revoir Merci Patron sans doute n’aurais-je jamais su que Bonnefoy c’est aussi des cafés atypiques spécialisés dans la tisane haute de gamme, un théâtre construit sur un hangard, des portes de bois chaud et des boutiques dont il faut guetter l’ouverture.

 

 

 

 

 

 

À mesure que s’approche la date du déménagement, mes photographies s’imprègnent de douceur. Si parfois j’ai souhaité partir pour fuir, j’aurais finalement trouvé la force de tout affronter. C’est mieux ainsi. J’ai tourné la clé sur une maison en ordre que j’aurais plaisir à ré-ouvrir si jamais la vie me ramène jusqu’à elle.