Sauliac-sur-Célé

 

Les papillons. Les couleurs qu’ils ont. Les dessins qui sont dessus. Pour voir ça, il faut avoir du temps. Ils savant pas ce qu’ils veulent les papillons. Ici là, non j’étais mieux avant, non je retourne, j’aime mieux la jaune, non la rouge, ah merde je m’en vais j’en ai marre de cet endroit.

Les lapins. Pour  voir des lapins il n’y a qu’à s’asseoir dans un endroit à lapins sans bouger, et attendre. Comment on reconnaît un endroit à lapins ? À quand on voit des terriers. Et aussi, pas à toutes les heures. Un jour, ou plutôt une nuit, assis sur son lit de feuilles sèches qu’il s’était fagriqué, il vit une assemblée de lapins. Le sujet était : les chasseurs. Les lapins discutaient s’il fallait émigrer, et où. Un proposa de se mettre dans les clapiers, au moins on est nourri jusqu’à ce qu’on soit  assez gras pour être mangé. Quelqu’un le traita de vendu. Un autre fit remarquer qu’on était très bien nourri sans les clapiers, vu qu’il y a de l’herbe partout. Quelqu’un proposa d’aller où c’est marqué Chasse Interdite, mais on lui dit que personne ne sait lire, en plus c’est un mensonge pour attirer tous les animaux sur le coin.

Christiane Rochefort, Encore Heureux qu’on va vers l’été

Matins que nous avions,
Je retirais les cendres, j’allais emplir
Le broc, je le posais sur le dallage,
Avec lui ruisselait dans toute la salle
L’odeur impénétrable de la menthe.

Ô souvenir,
Tes arbres sont en fleurs devant le ciel,
On peut croire qu’il neige,
Mais la foudra s’éloigne sur le chemin,
Le ventu soir répand son trop de graines.
Ives Bonnefoy, Les planches courbes